
Yvan Goll (1891 – 1950)
Nocturne
La lune, à travers le rideau,
Verse sa lumière dorée,
Et l'on entend le crescendo
Des tristes rythmes de Borée.
Sur la fenêtre, un chat câlin
Rêve, zébré de noir et jaune,
Son œil dans l'orbite opalin
S'irise comme un œil de faune.
Il est profond comme un miroir,
Qu'un beau profil d'enfant caresse,
Et semble chercher dans le noir
Les immensités de tristesse.
Cet œil, c'est l'âme de la nuit,
Qui cherche tout sans rien comprendre:
Il veut saisir tout ce qui luit,
Et, saisi, ce n'est plus que
cendre.
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